ASDIFLE : ASSOCIATION DE DIDACTIQUE DU FRANÇAIS LANGUE ÉTRANGÈRE
Entretien avec Fabrice Barthélémy président de l’ASDIFLE.
1 – Bonjour Fabrice, pourriez-vous vous présenter ? Nous raconter votre parcours ?
J’ai obtenu un doctorat en Fle sur le tard, à l’université de la Sorbonne, sous la direction du Professeur Louis Porcher. Une dizaine d’années dans des établissements sensibles en qualité de Conseiller d’éducation, un passage passionnant par l’étranger (en Turquie et aux Seychelles), avant d’intégrer une équipe chaleureuse et dynamique à Besançon. Je ne m’attarde pas sur mon parcours ; je veux juste mettre en valeur le fait que l’on peut encore s’épanouir et évoluer professionnellement dans le champ du français langue étrangère.
2 – Qu’est ce que l’ASDIFLE en missions, en chiffres ?
L’adifle est la seule association de didactique du FLE. Elle fut créée par L. Porcher, dans la foulée des maquettes des filières de FLE dans nos universités – voir le n° 64 des Études de linguistique appliquée –, ou encore les certifications en français pour étrangers (Delf/Dalf), alors que ce dernier était nommé conseiller scientifique du ministère pour le français langue étrangère en 1983. L’objectif est de rassembler ceux qui, en France et hors de France, s’intéressent à la didactique du français langue étrangère (chercheurs, professionnels divers et étudiants), domaine d’activités en pleine mutation et pour faire reconnaître la didactique du français langue étrangère dans sa spécificité scientifique, car celle-ci peine toujours, à mon avis, à trouver sa légitimité.
3 – Comment faire pour adhérer ?
Des bulletins sont en ligne sur le site de l’association. Il faut les éditer et les renvoyer avec vos coordonnées et règlements à notre adresse postale. Je vous invite à nous rejoindre, car nous vivons une période incertaine dans laquelle les luttes intestines font rage, et dans de telles circonstances, c’est bien connu, l’union fait la force. C’est ainsi que nous pourrons espérer faire entendre notre spécificité, notre différence, promouvoir nos valeurs.
4 – Quels sont les projets et les actions à venir ?
L’asdifle organise diverses manifestations et édite des publications (Les Cahiers de l’Asdifle) pour faire régulièrement le point sur les innovations et la recherche, ainsi que sur les évolutions des politiques linguistiques et pour faire connaître les spécificités des différentes institutions dans ce domaine.
Les prochaines échéances sont les rencontres annuelles de mars à L’Alliance française de Paris, mais aussi une conférence sur les l’histoire de notre discipline et les enjeux à venir, en février à Expolangues (vous trouverez informations et détails sur notre site).
5 – Quels conseils donneriez-vous à un enseignant de FLE qui débute sa carrière ?
Sans doute de lire ou relire des ouvrages incontournables si l’on veut comprendre, analyser et évoluer dans ces professions. Le premier est celui de L. Porcher, qui fut le premier à analyser le domaine de l’enseignement du français langue étrangère à partir du concept bourdieusien de « champ »,(Champ de signes, état du français langue étrangère, Crédif/Didier, 1986). Cet ouvrage est toujours aussi pertinent… Enfin, j’ai découvert, avec lui, P. Bourdieu, dont les concepts sont applicables au domaine du FLE.
Les étudiants de FLE forment un groupe important par leur nombre croissant dans les filières universitaires, et constituent des enseignants en puissance dont les espérances ne correspondent pas toujours aux possibilités objectives. C’est en obtenant le plus d’informations relatives à la constitution de ce champ, de son état, de ses acteurs, de leurs capitaux, positions et luttes, de ses enjeux… que chacun peut escompter s’y épanouir à la lumière des cartes (des atouts) dont il dispose.
5 commentaires sur ASDIFLE – Entretien avec Fabrice Barthélémy, président de l’ASDIFLE
santini
17 janvier 2012 á 6 h 42 min
Fabrice Barthélémy a tout à fait raison. Sans doctorat, point de salut dans le FLE. Alors que depuis de nombreuses années, tout devrait être mis en œuvre et en concertation entre l’ensemble des acteurs du FLE en France et à l’étranger (attachés de coopération, directeurs d’Instituts et d’AF, universitaires, enseignants masterisés) pour défendre et revaloriser cette formation universitaire qui ne veut plus rien dire aujourd’hui (cf mes anciens posts), chacun se contente de vivre dans son petit coin avec plus de réussite pour les chercheurs universitaires qui vivent « confortablement » du FLE et une descente aux enfers pour les enseignants masterisés qui se prennent en pleine figure la précarité de leur métier.
A qui la faute ? Probablement au fait que l’on retrouve un peu tout et n’importe quoi aux postes de direction des établissements. Des commerciaux non formés à la pédagogie, des chefs de projets incapables, sans oublier nos amis de l’ENA ou de HEC.
Dernier exemple en date de la part d’un directeur d’un grand centre de FLE en France qui me demandait : « Vous n’avez pas de doctorat (pour occuper la fonction de coordinateur pédagogique) ? » … Comme si un doctorant avec x années théoriques allait pouvoir dispenser la même qualité de cours qu’un enseignant « simplement » masterisé avec x années d’expérience professionnelle sur le terrain !!!!!!
Paul
17 janvier 2012 á 8 h 50 min
Cher Santini, vous y allez fort. (Passons sur la vision par blocs : « commerciaux = méchants », « universitaires mastérisés = seuls compétents des écoles de langues, malheureux à cause des autres »)
Dans tellement de métiers, il y a parfois de la frustration.
On peut néanmoins se mettre d’accord sur 2,3 choses.
Souvent en début de carrière, c’est chacun son domaine de formation initiale. Si vous voulez enseigner, on vous demandera de prouver votre intérêt / vos compétences pour l’enseignement. Si vous voulez gérer une association, une école privée, un centre de FLE (tous statuts), on vous demandera une responsabilité économique et un savoir-faire pour comprendre la masse salariale, le marketing des cours, la compta de votre établissement.
Et si un masterisé d’université souhaite monter et diriger son école tout de suite, bonne nouvelle. C’est tout à fait permis ! Il pourra faire valoir sa compétence pédagogique et son goût pour la gestion. Il suffit de se retrousser les manches. Certains universitaires le font.
Qu’est ce qui vous révolte au final ?
Santini
18 janvier 2012 á 2 h 08 min
Et oui Paul, au risque de devoir vous décevoir, la vision binaire par blocs déniée par beaucoup de monde reste tristement tout à fait « cohérente » dans beaucoup de métiers.
Alors, « la responsabilité économique, un savoir faire pour comprendre la masse salariale, le marketing des cours, … » que vous décrivez si bien est loin d »être l’apanage des personnels de direction en Instituts et en AF.
))) La responsabilité économique : lisez ceci (http://www.fle-philippemijon.com/humeur/pierre-raynaud-directeur-de-l%E2%80%99institut-francais-de-barcelone-putain-encore-un-an/) qui est loin d’être un exemple anodin.
))) Un savoir faire dans la gestion de la masse salariale : vous plaisantez. Un petit tour sur le site du MAE pour constater que la majorité des établissements fonctionne avec 70% de vacataires et 30% de mensualisés. Précariser à long terme ses équipes enseignantes et administratives, placer ses petits copains aux postes à responsabilités, préférer recruter des VI pour « équilibrer » son budget, mettre en place des démarches qualité sans n’avoir rien compris au fondement même de la qualité au travail. Là encore, lisez plutôt ceci (http://nizet-afe.typepad.fr/weblog/2008/01/tmoignage-dun-p.html) ou cela (http://blogs.mediapart.fr/blog/kakadoundiaye/110310/de-la-langue-francaise-dans-le-monde-et-de-l-alliance-francaise
)
))) Le marketing des cours : Oui… c’est vrai qu’un directeur culturel ou pédagogique parachuté dans un pays dont il ne connait ni la langue ni la culture ni les besoins en termes d’apprentissage a plus de chances de mener une politique marketing efficace que le petit vacataire, installé depuis longtemps, qui dispose indéniablement de meilleures connaissances et compétences pour mettre en oeuvre un marketing réfléchi. Sans oublier, ces directeurs qui veulent laisser leurs traces en déniant tout le travail qui a été mené précédemment.
Voyez-vous, mon cher Paul, je suis loin de jouer dans l’exagération. Je dépeins tout simplement la triste réalité du terrain à l’étranger. En France, la situation est plus ubuesque : le mode de recrutement dans les sections FLE des universités, la vacation de rigueur dans l’ensemble des établissements privés, le manque de dialogue et de concertation entre tous les partenaires universitaires et professionnels… Tout cela m’afflige… Mais ceci fait-il partie de vos préoccupations ?
Paul
18 janvier 2012 á 9 h 00 min
Bonjour Santini,
c’est bien d’avoir cette discussion
Je cherche juste à vous rappeler que pour un directeur, il est plus agréable d’offrir un CDI que d’offrir une vacation.
Il est plus agréable de donner un bon salaire.
Il est plus agréable d’être subventionné, ce n’est pas toujours le cas. Avec 1875 milliards de dette publique, les subventions disparaissent et il faut s’autofinancer. Comme des adultes.
Il est plus agréable de proposer des cours aux tarifs + accessibles pour les élèves.
Il serait plus agréable de ne pas avoir à payer un loyer, mais souvent on doit.
Un directeur n’a pas pour but de déplaire mais il a un devoir de responsabilité économique. Pourquoi ?
SI on ferme la structure, on ne réduit pas les vacations, on perd simplement tout le monde. Tout le monde au chômage. Voilà pourquoi, il faut faire attention.
Alors qu’on soit universitaire (gentil) ou commercial (méchant), ou une personne normale en général, peut importe. Donnez-nous le bon conseil. Aidez maintenant les directeurs à faire les bons choix.
Vous en parlez énormément mais quelle est la bonne politique salariale et statutaire ?
Prenons l’exemple d’une école dans laquelle vous prévoyez 400 élèves par an (en France pour simplifier) :
(certaines années, il y en a 300, certaines années il y en a 500).
On a de la chance, pour simplifier on a pu deviner l’offre choisie par tous les élèves. Ils demandent tous la meme offre : 4 h de cours par semaine. Tous. C’est simple.
- Alors combien doit coûter le cours ? Vous aurez à coeur de proposer des cours accessibles. On oublie la TVA, ce sera plus simple. On fait l’hypothèse que le tarif va convenir à tout le monde. Easy, la gestion et la marketing.
- vous payez combien les professeurs ? Vous en recrutez combien ? En CDI tout le monde ?
- Cela fait combien avec les charges ? (Pour info par ex en France, un salaire chargé vaut 2 fois le salaire net perçu par le travailleur).
- Il n’y a pas de vacations ? Parce que vous êtes un directeur gentil et que les commerciaux qui vous ont précédé souhaitaient jusqu’ici le malheur des travailleurs.
- Vous faites quoi les années ou il y a moins de demandes de cours ? Licenciement économique ? Ou autre ? Vous faites quoi des CDI ?
- Quel est votre personnel administratif ? Vous embauchez qui et combien de gens ? En CDI ?
- Combien ca coute chaque mois en salaire chargé ?
- On fait cadeau du loyer, du ménage, des assurances. On oublie, c’est offert. Pour simplifier le calcul.
On fait une simple addition des coûts. Ca fait combien ?
On fait une simple addition des recettes. Ca fait combien ?
Dites, sincèrement. Tout a été simplifié. Si vous avez la solution, écrivez-là ici. Car beaucoup de directeurs auront gagné leur journée. Ils auront des profs avec des bons salaires (combien en net ?) et des CDI. Finie la précarité. Et des cours au tarifs accessibles. Pour le moment, les directeurs sont mal intentionnés, proposer des contrats précaires les rend heureux et ils ont besoin d’une solution pour devenir enfin humains.
A vous.
Jean-Jacques
26 janvier 2012 á 4 h 39 min
BOUUUUUUUUHHHH !!! C’est la faute à la crise BOUUUUUUUUUHHH ! C’est la faute à pas de subvention. Allons, trêve de plaisanterie. C’est facile comme prétexte. Faut-il passer sous silence les salaires outrageux des directeurs parachutés par le MAE ? les dépenses extravagantes du MAE pour équiper ses établissements en TBI. Certes, il y a moins d’argent mais le peu qui reste est très mal réparti.
La solution ? Non, vous croyez qu’on va vous la servir toute chaude sur un plateau ? Un vrai manager sait la trouver la solution.
Avez-vous entendu parler du management socialement responsable ? Probablement pas … Je vous invite donc « chaudement » à faire une petite recherche sur internet pour comprendre que les mots « valorisation », « reconnaissance », « employabilité », « participation » ont tout leur sens et devraient être mieux compris par beaucoup d’équipes dirigeantes.
Recourir systématiquement à la vacation longue durée, c’est le degré 0 de management et une totale négation de la personne dans son droit à évoluer professionnellement.
Kapish ?